Les témoignages de
lecteurs affluent après notre article sur les déboires d’une Française, Brigitte
Abitbol, pour obtenir ses papiers d’identité.
Par Catherine
Coroller
jeudi 16
août 2007
Comme à tous les
Français nés hors de l’Hexagone ou de parents étrangers, cette quinquagénaire
s’est vu demander, pour le renouvellement de sa carte d’identité, un certificat
de nationalité, délivré par un tribunal d’instance, en l’occurrence celui de
Montreuil (Seine-Saint-Denis). Mais, comme elle porte un patronyme à «consonance israélite», le greffier
lui a demandé de fournir un «acte de [sa] religion».
Objectif : s’assurer
que Brigitte Abitbol est bien juive, ce qui laisse supposer qu’elle descend
d’une famille naturalisée en 1870 grâce au décret Crémieux, comme la
quasi-totalité des juifs d’Algérie. Brigitte Abitbol a refusé de produire
un tel document. Elle n’a toujours pas de carte d’identité. Et son cas n’est pas
isolé.
Médiateur.
Le grand nettoyage
organisé par l’Etat depuis 1993-1994, lorsque la carte d’identité papier a été
remplacée par sa version informatisée et sécurisée, en désoriente plus
d’un. Ainsi Gérard à qui une greffière du
tribunal d’instance du XVIIe arrondissement de Paris a demandé «un certificat de
judaïcité». «Il a fallu l’intervention du médiateur de la République pour
résoudre ce problème, témoigne-t-il. Un grand-père qui s’est battu en 14-18, un
père mort pour la France et moi-même deux ans d’armée dans les paras… bravo pour
l’égalité, la fraternité».
De même Mita : «Juive
d’origine algérienne, il m’a été demandé de prouver ma nationalité française.
J’ai produit le jugement de nationalité de mon père ainsi que le livret de
famille. Il m’a été demandé, malgré ce premier jugement, de prouver ma judaïté,
comme si le décret Crémieux prévoyait que les descendants des juifs algériens
devaient rester juifs jusqu’a la nuit des temps. Il se trouve que je suis restée
juive et que j’ai produit le certificat demandé, mais si j’en avais eu le temps
et les moyens, j’aurais saisi le Conseil d’Etat».
Mamwe raconte que sa
mère a vécu la même mésaventure que Brigitte Abitbol : «Il lui est arrivé la
même chose à la mairie de Massy (Essonne). En effet, elle est née en 1953 à Bône
en Algérie. Son nom de jeune fille à consonance israélite , y est peut-être pour
quelque chose. Mais elle a fait un tel scandale que c’est passé».
Que l’administration
ose réclamer un «certificat de religion» choque les internautes. «On n’a pas à
demander un acte religieux, s’insurge Warp. A quand une demande de baptême pour
les inscriptions dans les maternelles ? Lamentable». «Et si cette dame était de
famille juive athée ? Questionne un autre. Comment avoir un acte religieux ? On
fait quoi, on lui paie un charter ? Pour aller où ?»
«Dégradant». Les non-juifs nés à
l’étranger ou de parents étrangers sont censés avoir hérité de la nationalité
française par le sang et non grâce au décret Crémieux. Ils ne sont pas astreints
à la fourniture d’un certificat religieux. Mais beaucoup jugent humiliant de
devoir produire un certificat de nationalité. «Je témoigne en tant que pied-noir.
C’est dégradant de se voir considéré comme non-français», écrit un homme. «Née
en Algérie d’un père réfugié espagnol, naturalisé français et d’une mère née en
Algérie, j’ai dû moi aussi prouver ma nationalité, rapporte Caroline.
Fonctionnaire depuis 38 ans, j’aurais pu en rire mais je me suis sentie furieuse
et surtout… en danger. J’imagine si j’avais été juive, ou noire ou beur…» Ce
lecteur raconte l’histoire de sa grand-mère : «Elle est née en 1919 dans un
shtetl en Pologne à 30 km de Dachau, et a été naturalisée française en 1921
après que sa famille a émigré suite aux premiers pogroms. En 2001, elle s’est vu
demander un certificat de nationalité pour le renouvellement de sa carte
d’identité. Elle a expliqué que son village avait été détruit et brûlé et qu’il
n’existait plus de documents. On lui a rétorqué qu’alors elle serait renvoyée
dans son pays . Elle a sorti sa carte nationale de Français éditée en 1943 et
barrée de la mention JUIF et m’a téléphoné en larmes… J’ai demandé à voir le
sous-préfet et celui-ci a fini par s’excuser et ma grand-mère a eu sa carte.»
Autre catégorie de population qui vit particulièrement mal l’obligation de
fournir un certificat de nationalité, les Français descendants de personnes nées
en Alsace-Lorraine entre 1870 et 1918 alors que cette province était allemande.
«J’ai dû renouveler mes papiers et ceux de mes enfants, raconte Isabelle.
L’administration a exigé un certificat de nationalité car un de mes parents est
né en Alsace. On m’a demandé le livret militaire de mes deux grands-pères (morts
depuis longtemps), ne les ayant pas, il y a eu enquête approfondie. Manifestant
mon mécontentement devant cette procédure basée sur le délit de sale origine ,
on m’a gentiment répondu que je n’étais française que par réintégration.»
Indépendance. L’inquisition
administrative atteint son maximum pour les Français originaires d’anciennes
colonies descendants, non pas de colons, mais d’indigènes. L’administration
zélée s’attache alors à vérifier si eux - ou leurs parents - ont fait toutes les
démarches nécessaires pour conserver la nationalité française lors de
l’indépendance.
L’enquête aboutit
parfois à un retrait de la nationalité. «Pour les Français nés à l’étranger et
notamment ceux nés au Maghreb, s’insurge Mathkara, il est assez déroutant, pour
ne pas dire vexant ou humiliant, à 50, 60 ans et plus, de voir de jeunes
freluquets venir demander à des individus, français depuis des années, de
justifier de leur francité . Le pire étant lorsque après avoir été français
pendant plusieurs décennies, on vient vous dire : ha, mais en fait, non vous
n’êtes pas français, vous allez devoir retourner dans votre pays car vous êtes
en plus sans-papiers ! »