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Et
pendant ce temps, Denis Greslin l'agité
d'extrême droite raciste délire
sur son blog Occidentalis!!
Et
Greslin déclare en 2003 aux
enquêteurs ne rien connaître
du CPIAJ...Mais il avoue en 2007 dans une
interview à la radio raciste Rockick
: avoir travaillé avec SOS Racaille...Quand
un sôt joue au sôt!
"Quand les racistes
infiltrent Internet"
Pendant deux ans, le MRAP a remonté les filières
occultes de ces sites d’extrême droite qui injurient, menacent, persécutent les
musulmans de France. La police et la justice tentent d’identifier les cerveaux
de ces réseaux de la haine. Enquête
par Martine
Gilson
COMME TOUS LES JOURS, ce mercredi 11 juin, sur le coup de
6h30, Denis Greslin quitte sa maison des Pyrénées-Atlantiques pour rejoindre, à
quelques encablures de là, le bureau de poste où il est guichetier. A peine
sorti de chez lui, il croise trois hommes en uniforme. Ce sont des policiers de
la brigade antiterroriste. Ce mercredi-là, Greslin, la trentaine et deux
enfants, n’ira pas travailler. Les policiers enquêtent sur une menace de mort
contre le président de la République lancée sur le Net le 21 février 2003 avant
la guerre d’Irak et titrée : "Il faut abattre Ben Shirak!". Les hommes de la
brigade savent que Greslin a été cité dans la liste des "Médailles d’honneur" de
SOS-Racaille, un site d’extrême droite.
Les
policiers savent aussi – d’ailleurs il ne s’en cache pas – que l’homme qu’ils
ont en face d’eux a adhéré dès l’âge de 14 ans au Front national, qu’il en a
vite gravi les échelons dans son département. Qu’au début 1999, il a quitté le
FN pour créer une section MNR, le mouvement de Bruno Mégret, dans les
Pyrénées-Atlantiques. Qu’en 2002, il a largué toutes ces amarres, et créé son
propre site islamophobe : Occidentalis.com.
"Les dangers de
l’islamisme"
Perquisition, confiscation du disque dur de son
ordinateur, garde à vue pendant 48 heures au commissariat. "Oui, explique-t-il,
je suis allé régulièrement sur les forums de SOS-Racaille, le premier site à
dénoncer les dangers de l’islamisme." Pendant l’interrogatoire, les policiers
lui demandent s’il est informé de liens qui pourraient exister entre le site
d’extrême droite et l’AIPJ (1), un site sioniste. Greslin dit aujourd’hui : "Je
n’ai pas compris ces questions". Le jeudi 12 juin, il ressort libre du
commissariat. Greslin, un isolé, grain de sable perdu sur cette Toile où
l’on peut tout écrire ou presque ? Peut-être. Seulement voilà : pendant deux
ans, le MRAP (2) a enquêté avec minutie sur tous les sites anti-arabes et
islamophobes qui peuvent être consultés en France depuis 1998. Un travail de
fourmi, de compilations d’archives, de recoupements serrés d’informations. Comme
le président de la République, Mouloud Aounit, le responsable de l’association
antiraciste, a été menacé de mort : "Que l’on crève cette vermine puante de
Mouloud Aounit, putain de crouillat croisé d’un porc et d’une truie." Les locaux
de l’organisation ont été attaqués plusieurs fois. Le MRAP a porté plainte. Mais
ce n’est pas seulement pour cela que les limiers du mouvement ont mobilisé leurs
énergies. "Le racisme est un et indivisible. Nous combattons avec la plus grande
détermination toutes les manifestations antisémites, explique Mouloud
Aounit.
"Ils sont très bien organisés"
"Mais
l’islamophobie, ça existe aussi. Il était temps de le prouver." Résultat de ces
années de recherches ? Un document de près de 160 pages, une véritable traque de
l’araignée noire. Où l’on découvre que des sites d’extrême droite français
côtoient des sites d’extrême droite israéliens. Combien sont-ils à avoir
manipulé cette dynamite ? Nul ne le sait. Peut-être se comptent-ils sur les
doigts d’une seule main. Mais une chose sûre : "ILS SONT TRÈS BIEN ORGANISÉS",
explique le commissaire Thomas de Ricolfis, chef de la BASLP (3). Selon le MRAP,
450 000 articles ont été publiés sur les forums du seul SOS-Racaille en un an et
demi. Leur fréquentation ? De 5.000 à 6.000 consultations par jour. Les menaces
de mort ? Vingt par semaine, sur deux ans. Comment fonctionne cette machine
infernale ? Prenez liberty-web.net, un site domicilié aux Etats-Unis, enregistré
au Panama sous un faux nom : David Osborne. Créé le 14 février 2001, il héberge
26 serveurs. Parmi eux, SOS-Racaille.org. Qui décrit ainsi ses intentions : "Que
pensez-vous de renommer SOS-Racisme en SOS-Racaille, car cette organisation de
merde ne défend que la racaille. (…) Nous lançons un concours pour la meilleure
page d’accueil. Elle doit symboliser la France, le peuple français et l’invasion
maghrébine telle qu’elle est, avec son cortège de crimes et de
délits."
Verbalement et même gestuellement
Autre exemple ?
Amisraelhai.org. [NDLR: "Le peuple d’Israël vit", en hébreu]. Le 12 juillet
2002, ce site sioniste publie une liste de personnalités juives françaises, dont
le généticien Axel Kahn et la belle-fille de l’ancien président du Conseil,
Mireille Mendès France. Au printemps, ils ont signé une pétition pour la paix au
Proche-Orient. On les accuse, ainsi que d’autres intellectuels, d’avoir lancé un
appel en faveur du boycott des produits israéliens. Totalement faux. "Nous
vous encourageons à boycotter leurs livres, films, travaux, peut-on lire sur
l’écran du site. Ceux que nous avons identifiés comme juifs voient une étoile de
David accolée à leur nom. Non seulement ils méritent d’être boycottés, mais nous
vous encourageons, si jamais vous les croisez, à leur dire verbalement et même
gestuellement [sic] tout le bien que vous pensez d’eux : un crachat ou même un
bon coup de batte de base-ball dans la mâchoire contribuera peut-être à remettre
en place leur esprit tordu." Cette liste est reprise par un autre serveur, le
Comité pour une Information authentiquement juive (CPIAJ), recommandé par
amisraelhai.org. Alexandre Attali, responsable d’amisraehlhai.org, ne veut plus
parler aujourd’hui. Il attend que "la justice suive son cours". A la suite
des plaintes du MRAP et d’autres personnalités, son procès aura lieu le 30
septembre. Le site est aujourd’hui fermé.
Domiciliés à
l'étranger
Curieux. Le Comité pour une Information authentiquement
juive (CPIAJ), qui qualifie les Arabes et les musulmans de "déchets", qu’il faut
faire partir "en fumée noire", est, selon le MRAP, idéologiquement très proche
d’un autre site, aipj.net, l’un des 26 serveurs hébergés par liberty-web.net.
Encore plus curieux : dans les archives de SOS-Racaille, on trouve des messages
assurant la promotion du CPIAJ, sous la plume d’un certain "Redneck". Un
exemple, à propos d’une manifestation organisée par le MRAP : "A cette occasion,
le Mouvement Raciste Allié aux Pourritures rappelle qu’un déversement de déchets
aura lieu dans les rues de Paris, le 15 février. Comme sur les plages de
Gironde, les volontaires sont invités à participer au nettoyage des artères
souillées." Comment ces sites peuvent-ils sévir en France, où les propos et
les écrits antisémites et anti-arabes sont interdits ? Simple. Exceptés des
cas comme ceux de Greslin ou d’Alexandre Attali, qui ont signé leurs pamphlets
de leur propre nom, les autres hébergeurs, comme liberty-web.net, sont tous ou
presque domiciliés à l’étranger, où les lois sont plus tolérantes. Que peut-on
lire sur la page d’accueil de ce refuge anti-arabe ? "En république islamique de
France, la résistance s’organise. Les autorités en place tentent désespérément
de faire taire l’opposition nationale, pour qui l’avenir de la France ne passe
pas par l’islamisation forcée. Liberty-web fournit un espace de liberté sur le
web. Si vous avez un site entrant dans notre ligne “politique”, contactez-nous,
nous pouvons l’héberger." Explication du commissaire Thomas de Ricolfis, le chef
de la Brigade des Affaires sanitaires et des Libertés publiques : "Nous voyons
parfois des sites qui ont leurs sources à l’étranger, alors qu’ils peuvent
émettre à côté d’ici." Autre tactique, très en vogue : les "anonymiseurs", ces
logiciels qui permettent aux internautes d’envoyer des e-mails ou de naviguer
anonymement sur le web. Impossible ainsi d’être reconnu.
"Ahahah,
qu’est-ce qu’on se marre"
Attention, ces internautes sont
machiavéliques et très dangereux. Malheur à ceux qui osent se mettre en travers
de leur route. Sur l’araignée noire, on peut tout faire, y compris usurper
l’identité de ceux qui se révoltent contre l’islamophobie. C’est ce qui est
arrivé à K. M., ce Français d’origine maghrébine, dont on a utilisé le nom pour
lancer des campagnes anti-arabes. Ou comme S. L., dont on a fait un pédophile,
qui recherchait "des petits garçons" sur la Toile. "Un jour, raconte-t-il, un
élève de ma femme a envoyé un e-mail lui demandant, outré, si j’étais vraiment
pédophile. Les faits ont évidemment prouvé que je ne l’étais pas. Il n’empêche.
J’ai toujours peur qu’on le croie." Informaticien, S. L. est aujourd’hui au
chômage. Il est persuadé que ces accusations lui portent préjudice pour
retrouver du travail. Les internautes de l’araignée noire n’hésitent pas à
cibler des proies très jeunes. Comme cet adolescent de 15 ans, accusé lui aussi
de pédophilie, que la police est venue interpeller dans son lycée, et qui,
depuis, se noie dans une profonde dépression. "Mon avocat prend contact avec
l’ambassade des Etats-Unis et il est possible qu’une plainte soit déposée devant
la justice américaine par ses soins", lance un jour sur le Net un homme outré
par ce qu’il vient de lire. Réponse de l’interpellé : "Ahahah, qu’est-ce qu’on
se marre ! Ta plainte suivra le cheminement normal dans ce cas : tu dois primo
déposer plainte en France, et la France doit émettre une commission rogatoire
internationale vers les USA. Six mois, si tu y arrives ! Un juge fédéral US doit
délivrer un mandat aux boîtes concernées. Trois mois si tu y arrives ! Les logs
sont produits si ils existent encore. Tu vois que ça [NDLR : le premier e-mail
envoyé par l’auteur de ces lignes] vient d’un AUTRE anonymiseur situé à Taïwan,
Moscou ou Johannesburg. Tu repars la queue entre les jambes ! En attendant, nous
préparons les mails suivants. A bientôt !
Traque
impossible
"Voilà pourquoi la traque de ces internautes est, pour le
moment, quasiment impossible. Repérés, ils changent immédiatement de domicile.
"Jusque-là, on n’a abouti à rien. Sur ce sujet, la coopération internationale
en est encore aux balbutiements", constate-t-on à la quatrième section du
parquet de Paris. Et quand on ne déménage pas, on peut renaître sous un autre
nom. Le 7 mars dernier, un an ou presque après l’arrivée de Jean-Marie Le Pen
en deuxième position au premier tour de la présidentielle, liberty-web.net se
saborde. Qu’importe. Quelques jours plus tard naissent deux nouveaux forums :
marche-a.com et anti-rats.org. Tout aussi anti-arabes que leurs prédécesseurs.
Depuis la mise en garde à vue de Denis Greslin, ces sites sont fermés. Sans
doute par peur des informations contenues dans le disque dur confisqué par la
brigade antiterroriste. Jusqu’à quand ? M.G.
(1) "Action
internationale pour la justice", un sigle, usurpé par les internautes racistes,
de l’association J’accuse, présidée par Marc Knobel, qui se bat contre les sites
prônant la haine raciale. (2) Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié
entre les Peuples. (3) BASLP : Brigade des Affaires sanitaires et des
Libertés publiques. Elle est chargée d’enquêter à la fois sur les grandes
affaires sanitaires, comme Tchernobyl, et les affaires de presse.
(Cet
article paraît dans le Nouvel Observateur du 17 juillet 2003)
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