http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/20070806.OBS9581/
SECTES
Mathieu Cossu, responsable du site d'aides aux victimes prevensectes
"Nous sommes tous vulnérables
face aux sectes"
NOUVELOBS.COM | 09.08.2007 | 16:00
Y a-t-il des comportements qui trahissent l'appartenance à un groupe
sectaire ?
- Certainement, on n'entre jamais volontairement dans une secte. Il y a
des
comportements qui sont annonciateurs d'une personne devenue adepte ou
du
moins d'une personne captée par ce type de mouvance. Par exemple
quelqu'un
qui, du jour au lendemain ou presque, change sa façon de vivre, sa façon
de
s'exprimer ou sa façon de se présenter. Si cette personne est alors
obnubilée par une idée fixe et qu'elle vous parle sans arrêt du même
sujet,
on peut se dire "attention, là, il y a quelque chose qui cloche".
Il y a un changement de comportement évident mais un changement de mode
de
vie aussi. Celui qui buvait va arrêter de boire, celui qui ne priait pas
ne
va plus faire que cela. Chez un proche, on voit assez vite si quelque
chose
ne tourne pas rond. Reste à savoir si la personne a changé d'elle-même ou
si
elle est influencée par une source extérieure. Ensuite, c'est de
l'investigation. Si cette personne vous annonce qu'elle assiste à des
réunions d'un certain type, il faut commencer à s'inquiéter.
Comment peut-on aider ces personnes ?
- C'est extrêmement difficile de sortir quelqu'un d'une secte. Cela
fait
sept ans que je fais de la prévention en France, et dans le monde entier,
et
je n'ai jamais rencontré qui que ce soit capable de sortir un adepte de
son
groupe. Dès que vous allez à l'encontre du groupe sectaire en question,
la
personne souffre tellement qu'elle ne veut plus vous écouter. Elle se
braque. La plupart du temps, ces gens-là se sont coupés du monde
extérieur.
Leur vie, leur façon d'être et de penser est dictée par la peur,
elle-même
instrumentalisée par les membres du groupe sectaire.
Les témoins de Jehovah, par exemple, vivent dans la peur de la
bataille
d'Armageddon, de la fin du monde qui approche. Critiquer cette théorie,
ou
simplement la remettre en cause, ne provoquera que du mépris et vous
risquez
même de briser les liens que vous aviez avec cette personne. Il ne
faut
surtout pas porter de jugement.
La seule chose à faire, c'est de tenter de raccrocher la personne à
son
passé, lui rappeler tout ce qu'il y avait de bon avant la secte. Lorsque
la
personne est en détresse, elle peut rentrer dans un jeu de miroir
pour
savoir si vous approuvez ou non sa façon de penser, si elle commence à
avoir
des doutes sur ce que lui dit son gourou éventuel.
Pour sortir quelqu'un d'une secte, il faut qu'il y ait un déclic, que
la
personne fasse elle-même la démarche de venir vers vous. Il faut qu'il
y
ait, comme chez un toxicomane, un appel à l'aide plus ou moins
implicite.
Sinon, ces gens-là vivent comme des fantômes, déconnectés du monde réel.
La
secte, c'est une drogue.
Comment évite-t-on la manipulation lorsque l'on est attiré par ce genre
de
mouvement ?
- Aujourd'hui, il y a un manque de spiritualité incontestable. Les
choses
ont beaucoup évolué depuis mai 68 et ce manque de spiritualité dans
notre
société fait que certaines personnes, pas forcément prédisposées, ne
savent
plus à quoi se raccrocher. Ils cherchent alors quelque chose ou
quelqu'un
qui va leur apporter une nouvelle croyance.
Ensuite, la grande machination, très bien huilée, des groupes sectaires
se
met en place. J'ai même vu un responsable militaire très haut placé se
faire
entrainer, sans qu'il ne se doute de rien, par les adeptes de la
scientologie. Et autant vous dire que lorsqu'ils vous tiennent, ils ne
vous
lâchent plus. D'ailleurs, à mon sens, personne n'est à l'abri, ni vous,
ni
moi. A un moment donné, nous sommes tous vulnérables.
Propos recueillis par Nicolas Buzdugan
(lundi 6 août 2007)