Depuis que, vendredi, la mairie
d'Argenteuil a admis avoir acheté des produits à l'odeur nauséabonde destinés à
déloger les SDF de son centre-ville, l'indignation ne cesse de
grandir.
Un élu communiste, un membre des Verts et un responsable du
Mouvement républicain et citoyen (MRC), devraient saisir aujourd'hui lundi la
Haute autorité de lutte contre les discriminations (Halde). «Nous estimons
qu'il y a discrimination, dans la mesure où tout le monde ne peut pas circuler
librement dans la ville», explique Valentin Teixeira (Verts), l'un des
promoteurs de cette saisine avec Mouloud Bousselat, conseiller municipal
communiste, et Nasser Douidi, responsable local du Mouvement républicain et
citoyen (MRC).
Les trois militants saisiront également le préfet du
Val-d'Oise afin qu'il détermine la composition et la toxicité du produit. Ils
l'interrogeront sur «le degré de légalité consistant, pour la municipalité,
à commander et à payer des produits singuliers pour les mettre ensuite à la
disposition d'une entreprise privée».
Devant le refus net des
employés municipaux d'Argenteuil de diffuser le produit, une partie du répulsif
a en effet été donnée à des agents d'entretien de la galerie marchande «Côté
Seine», qui ont diffusé le spray malodorant aux sorties de secours du centre
commercial où les SDF ont leur habitudes.
Au Partis socialiste, qui dénonce
une «chasse aux pauvres», on déclare s'étonner du silence de l'éxécutif
sur la question. Faouzi Lamdaoui, secrétaire national à l'égalité du PS, a lancé
hier dimanche un appel «solennel» à l'éxécutif pour qu'il condamne la
démarche de la mairie d'Argenteuil. «Devant l'indignation générale suscitée
par le comportement odieux du maire d'Argenteuil, le silence gêné de Nicolas
Sarkozy et de François Fillon contraste avec leur activisme médiatique
habituel», ironise-t-il.
En guise de réponse du gouvernement, samedi
c'est Christine Boutin, ministre du Logement, qui a jugé «inacceptable»
et indigne l'utilisation de ces produits: «Le principe même de l'utilisation
de produits de ce type constitue en effet une atteinte à la dignité de la
personne humaine parfaitement inacceptable», indique un communiqué.
Contraint de réagir face à la polémique qui enfle, l'entourage
du maire se borne à parler d'une «solution triste» présentée comme un
dernier recours après des «efforts déployés pendant de longs mois pour venir
en aide à ces populations».